Hell Train: Evangile Gangsta selon Gasface

HL1Hell Train est le troisième projet du duo Lyonnais Gasface (composé de Nicolas Venancio et Mathieu Rochet). Fidèle à la lignée de leur précédents projets New York Minute et lookin4gal, Hell Train s’immerge dans les abymes d’une New York violente et dangereuse où les vices s’animent dans l’ombre. Cette minisérie aborde les témoignages de six personnalités emblématiques qui ont influencées la scène gangsta rap. Lorsque la fiction dépasse la réalité, on en viendrait presque à vouloir mener une vie insouciante à la Thug ! Bienvenue dans les profondeurs de l’Enfer Urbain.

Grâce à une mise en scène soignée, un cadre travaillé, et toujours un seul personnage à l’écran, l’atmosphère devient lourde et pesante comme dans un confessionnal. Tour à tour juge ou avocat du diable, le spectateur se trouve dérouté par les témoignages véridiques d’une froideur parfois gênante.HL3A travers ces différents témoignages, une violente satire de la société corrompue y est faite. C’est avec un regard presque indifférent et beaucoup de recul qu’ils se détachent du commun des mortels. Le tout est rythmé par les choeurs de Bodega Bamz, pulsations constantes de ce récit.

Ce narrateur improvisé n’hésite pas à démonter certaines valeurs américaines comme le Capitalisme, ou l’égalité entre les hommes qui n’existe qu’en théorie.
Il s’oppose également à la sphère intellectuelle sous toutes ses formes: Rappeurs, Artistes, Avocats, Politiciens et tout cet ‘enfer des hommes‘ qui utilisent la misère et le quotidien de la rue pour leur propres intérêts. Toutefois, il ne faut pas perdre de vue que cette mini-série s’adresse essentiellement à cette dite ‘sphère intellectuelle’ .HL2
Néanmoins ce qui différencie cette mini-série d’autres reportages ou biopics sur le sujet, c’est tout l’aspect psychologique qui est amené derrière. La notion de fatalité apparaît comme le leitmotiv évident qui se détache de ces témoignages. Chacun d’entre eux a un don, vécu comme un fardeau ou une ‘Malédiction’ : le don d’avoir survécu grâce à la prose, le graff ou l’éloquence.

Tous ses personnages présentent des fractures, des aspirations parfois avortées ainsi que des faiblesses indéniables. Il faut dire qu’aucun d’entre eux n’a eu de réels modèles et tous sont de réels autodidactes, orphelins amputés de leur raisons de vivre et de leur rêves.Heel-TrainIls se définissent comme des self made men du siècle, perverti par la société, avançant seuls contre leur seul adversaire : les Etats Unis
Laissés pour compte, leurs seules alternatives semblent être la mort ou la prison. Aussi intimes soient ils, chaque témoignage aborde la réflexion sur la reconnaissance en tant qu’artiste, la renaissance ainsi que la transmission et leur empreinte dans l’histoire.

Pourtant,ces témoignages connaissent une limite. Le spectateur ne ressent effectivement à aucun moment un phénomène d’identification à cause de la distance crée par les différents intervenants; chacun d’entre eux a la volonté de rendre leurs cas uniques. HL4
La force de ce documentaire est de nous présenter aussi New York, non pas comme un simple background mais comme un personnage à part entière aux multiples failles. Elle est d’ailleurs souvent comparée à un organisme vivant insatiable,  ingurgitant les aspirations et les âmes humaines. L’emphase y est d’ailleurs mise sur les coins sombres et peu reluisants, faisant écho à l’instabilité de l’homme.
De plus, la ville a amené son lot de tares et de névroses comme celle de l’espace vide dans un tissu urbain saturé. Ainsi, l’artiste graffeur Bonz Malone voit dans les trains, une fabuleuse toile blanche où son mal-être peut être purgé.
On en viendrait presque à ressentir de la claustrophobie dans ce microcosme oppressant où l’on ne peut échapper. Toutefois, ne vous méprenez pas, ce milieu de vie hostile continue à plaire, et à attirer pour son violent passé (‘Al Capone is a Messiah’ peut on entendre de la bouche d’Azie Faison). New York apparaît donc comme le lieu où le bien n’a pas sa place.HL5L’omniprésence de la religion dans cette série explique, de plus, la constante tension entre le Bien et le Mal. De nombreux plans fixes s’attardent sur des icônes, des croix ou des lieux de cultes. Chaque orateur nous soumet sa conception et sa réflexion construite. On se souviendra de Jesus Saves, graffeur noctambule qui s’est donné pour mission d’apporter de la lumière aux New-Yorkais avec ses graffitis, porteurs d’espoir.a-gasface3A travers ces versets énoncés, l’Enfer Dantesque renaît de ses cendres et reprend forme, dans lequel New York apparaît comme le centre viscéral d’un trafic important. Un nouveau visage de la ville et de ses habitants est dressé, plus sombre et plus cru. On est en droit de se demander quel est le crédit que l’on peut accorder à ces témoignages car n’oublions pas qu’ ‘En enfer, on se fout de  la vérité’. Chacun de leur discours semblent être différents tantôt penchant vers le bien tantôt vers le mal, pourtant tous convergent vers un meme point, l’experience passée les a forgés.

Cette fable urbaine à l’arrière goût de cocaïne est désormais disponible sur Arte Creative , avec une programmation prochaine sur la chaîne Franco-Allemande.
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